Notre genèse
Notre genèse
Il était une fois une enfant née entre deux rives, prise entre deux nationalités, entre deux façons de prononcer le monde.
Elle grandit entourée d’un savoir ancien, transmis sans livres ni leçons, par les mains patientes de ses grands-mères. C’est dans la cuisine qu’elle apprît d’abord — une cuisine où l’air portait l’odeur du henné, où des pots de confiture étaient emplis de roses, et où les gestes avaient plus de poids que les mots.
Ses grands yeux marron suivaient ces mains ridées, douces et fermes à la fois, capables de transformer la terre en soin, la boue en or. Rien n’était expliqué clairement. On montrait, on faisait, on laissait deviner. L’enfant regardait, fascinée, sans savoir encore qu’elle mémorisait.
Quand vint le jour du hammam, ces préparations quittèrent la cuisine pour la salle de bain, où la vapeur faisait briller les murs et où le temps semblait se plier au rituel. Le savon beldi remplissait l’air de son odeur sucrée, reconnaissable entre mille.
Alors l’enfant fut plongée dans l’eau chaude du bain et confrontée à l’épreuve du gommage. Une épreuve rude, presque insupportable, au point qu’elle se forma l’idée confuse que la beauté devait nécessairement passer par la douleur.
Ce n’est que lorsque le ghassoul, épais et chaud, l’enveloppa que l’enfant s’apaisa. Sa peau respirait mieux.
Les années passèrent, et l’enfant grandit. Les gommages cessèrent d’être une lutte pour devenir une libération, un relâchement profond des muscles.
Mais une autre inquiétude l’animait désormais : celle de ne pas savoir nommer ce qui lui avait été transmis. Si les gestes lui étaient restés, les mots, eux, lui manquaient.
Alors une question s’imposa : comment faire vivre ces rituels au-delà du souvenir ?
Âda est née pour répondre à cette question.
Parce qu’un jour, cette petite fille comprit que ce qu’elle avait reçu en fragments — un pot caché, une odeur de rose, une vapeur trop chaude — pouvait être raconté. Non pas pour figer le passé, ni pour en faire une nostalgie, mais pour permettre à ces rituels de continuer à vivre, avec justesse, dans le présent.
Pour prendre le temps d’expliquer les gestes et d’en comprendre les usages.
Car derrière chaque ingrédient, chaque préparation, il n’y a pas une tendance, mais une histoire, une logique, une intention.
Ce blog est né de cette envie : comprendre avant d’utiliser, et rendre accessibles des savoirs longtemps transmis sans mots.
— Âda