Nila : la plante à l’origine du bleu

Le Nila, tel qu’on le rencontre dans les traditions de beauté du Sud marocain et des cultures sahariennes est un bleu végétal — souvent rapproché de l’indigo — dont la réputation a traversé les siècles, les pistes caravanières et les gestes du quotidien. Sans son sens le plus rigoureux, renvoie d’abord à une famille de bleus issus de l’indigo : un pigment rare, précieux, dont l’histoire traverse les jardins, les ateliers, les oasis, puis les marchés.

D’où nous vient le Nila ?


Historiquement, l’indigo circulait souvent sous forme de pains ou de briques compactées, au point que certaines populations ne reconnaissaient plus son origine végétale et l’imaginaient « minérale ». Cette confusion est toujours d’actualité.

Indigofera tinctoria

Cependant, Indigofera tinctoria n’a rien d’une roche bleue. C’est plutôt un petit arbuste, parfois herbacé, qui peut se comporter comme annuelle, bisannuelle ou vivace selon le climat et la conduite de culture. Ses tiges portent des feuilles composées et ses fleurs — typiques de la famille des Fabacées (famille des légumineuses, comme les fèves ou les pois) — s’assemblent en grappes.

Le Nila trouve donc en réalité son origine dans une légumineuse (plante capable d’enrichir naturellement les sols) qui pousse sous les climats chauds, là où la lumière est franche et où les sols sont pauvres. Cette nature de légumineuse la rend particulièrement intéressante. Dans de nombreuses régions, elle a été intégrée à des systèmes agricoles non seulement pour ses usages artisanaux, mais aussi comme engrais vert. Elle est cultivée, puis incorporée au sol pour l’enrichir. Des synthèses botaniques et agronomiques ajoutent même que la plante peut contribuer à la fertilité, et que les résidus après transformation ont pu eux aussi être valorisés comme amendement (matière ajoutée au sol pour en améliorer la qualité).

Par ailleurs, Indigofera tinctoria est une espèce reconnue et documentée comme poussant dans une vaste ceinture tropicale, d’Afrique jusqu’au sous-continent indien et à l’Asie du Sud-Est.

En effet, dire que le Nila a des racines sahariennes ne signifie pas que la plante est née uniquement dans le Sahara. L’histoire est plus fine. Indigofera tinctoria a été exploité et cultivé depuis très longtemps, et sa diffusion a suivi des routes humaines — commerce, savoir-faire, migrations, ateliers. L’espèce est aujourd’hui distribuée largement dans les tropiques en raison de cette longue histoire de culture et d’échanges.

Dans le monde arabo-berbère et nord-africain, les sources historiques et socio-économiques sur l’indigo (au sens large : la matière issue de plantes indigo) montrent une continuité d’usage et des ancrages régionaux. Un ouvrage en la matière cartographie des centres de production et de teinture en Afrique du Nord et cite explicitement le Maroc (avec des zones et villes reliées aux réseaux caravaniers et aux vallées du Sud).


Le Nila ne naît ni d’une pierre ni d’un mythe. Il est le fruit d’une plante, d’un climat et d’un savoir-faire ancien où la matière végétale, l’eau, le temps et l’air dialoguent. Comprendre son origine, c’est déjà commencer à comprendre sa valeur.

— Âda

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Nila : de la plante au pigment