Huile d’argan : héritage féminin

Dans les régions de l’arganeraie (les forêts d’arganiers), ce sont les femmes qui ont, depuis des générations, transformé le fruit de l’arganier. Non pas par vocation, mais parce que ce travail trouvait naturellement sa place dans l’organisation du quotidien : à la maison, dans le temps long des journées rurales.

Bien avant de devenir un ingrédient recherché, certifié et exporté, l’huile d’argan appartenait ainsi à l’espace intime et discret de la vie domestique, façonnée par le travail patient et discret des femmes.

Quel rôle central, mais longtemps invisible, les femmes marocaines ont-elles joué dans la construction et la transmission d’un savoir aujourd’hui patrimonialisé ?


Marrakech, Maroc

Dans la région de l’arganeraie, la transformation des fruits d’argan en huile est un savoir artisanal que les femmes maîtrisent depuis des siècles. Historiquement, ce sont elles qui avaient la responsabilité de mener à bien le processus d’extraction de l’huile.

Les étapes de cette extraction, particulièrement laborieuses, ont longtemps été réalisées sans rémunération : elles faisaient partie du travail domestique et communautaire, organisé selon des normes sociales internes où les femmes contribuaient à l’économie du foyer à travers des activités non salariées. Ce travail, bien que non comptabilisé dans les économies formelles, n’était pas marginal : il permettait à la famille rurale de disposer à la fois d’une huile alimentaire précieuse et d’un soin pour la peau ou les cheveux — des biens à forte valeur d’usage dans un environnement climatique rude. Au-delà de leurs connaissances en fabrication, les femmes savaient également quand, comment et pourquoi appliquer l’huile d’argan.

Les deux principales utilisations étaient les suivantes :

  • le soin du corps et des cheveux, afin de réparer et protéger les barrières cutanées et capillaires mises à rude épreuve par le climat (fortes chaleurs, vent sec, aridité) ;

  • les usages culinaires, comme source de lipides et d’énergie, intégrée à l’alimentation quotidienne.

L’expertise féminine autour de l’huile d’argan ne se limitait donc pas à sa préparation. Elle incluait une connaissance fine des besoins du corps, des saisons, de l’âge, et des conditions climatiques, façonnée par l’expérience et l’observation quotidienne.

Marrakech, Maroc

Par ailleurs, la transmission de cette expertise se faisait traditionnellement de mère en fille ou entre femmes de la communauté, sans mécanismes formels d’enseignement. Il s’agit d’un apprentissage par imitation et répétition, intégré au train de vie familial. Cette répartition genrée des savoirs s’inscrit dans l’organisation sociale rurale traditionnelle, où les femmes étaient responsables de la gestion des ressources domestiques, du soin des corps et de l’alimentation de la famille.

La reconnaissance internationale de ce savoir humain est d’ailleurs formalisée. En 2014, l’UNESCO a inscrit “l’argan, pratiques et savoir-faire liés à l’arganier” sur sa Liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, soulignant la dimension sociale et culturelle des techniques traditionnelles marocaines, notamment celles pratiquées par les femmes.

Cette inscription ne reconnaît pas uniquement une ressource naturelle, mais un système de connaissances et de pratiques, dont la transmission repose historiquement sur les femmes, dont le rôle est central dans la continuité des gestes et des coutumes. L’huile d’argan n’est donc pas un simple produit. Il s’agit d’un héritage, d’un assemblage de gestes et d’usages sociaux transmis et adaptés de génération en génération.

— Âda

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