Huile d’argan : aux racines d’un trésor marocain

Souvent appelée “or liquide”, l’huile d’argan est bien plus qu’un ingrédient tendance prisé des routines beauté modernes : c’est une huile ancestrale, profondément ancrée dans la culture marocaine.

Mais d’où vient cette huile et pourquoi occupe-t-elle une place si singulière dans l’histoire et l’identité du Maroc ?


L’histoire de l’huile d’argan commence avec l’arganier (Argania spinosa), cet arbre sculpté par le vent et le soleil, enraciné dans une terre sèche où peu d’autres végétaux peuvent survivre. L’histoire de ce géant du paysage marocain est intimement liée à celle du sud-ouest du pays, au sein des forêts d’arganiers — l’Arganeraie — dont il est endémique : son aire naturelle se concentre quasi exclusivement sur ce territoire.

Agadir, Maroc

Mais, sa véritable force réside dans sa capacité d’adaptation à un climat semi-aride, où les pluies sont rares et les étés brûlants. En effet, ses racines peuvent atteindre 35 m de profondeur, ce qui permet à l’arganier d’accéder à des réserves d’eau souterraines inatteignables pour la plupart des autres espèces végétales.

L’arganier est aussi remarquable par sa longévité : il peut vivre 150 à 200 ans, parfois plus, faisant de certains individus des témoins vivants de siècles d’histoire climatique et humaine.

Ainsi, sa silhouette robuste, au tronc noueux et aux branches épineuses, reflète une adaptation progressive à des conditions de vie exigeantes. Là où l’air est chaud et sec, ses feuilles persistantes, petites et vertes, limitent l’évaporation et participent à la remarquable capacité de l’arbre à survivre sur le long terme.

Essaouira, Maroc

Ses racines ne lui permettent pas seulement de survivre, mais aussi de façonner le paysage qui l’entoure. Elles étendent en effet un filet souterrain qui contribue à stabiliser les sols de son milieu fragile et à limiter sa dégradation. Ce rôle d’“arbre-bouclier” contre la désertification est reconnu scientifiquement comme essentiel à la survie des terres et des communautés qui en dépendent, offrant un micro-écosystème favorable à d’autres plantes et à la faune locale.

Les forêts d’arganiers couvrent aujourd’hui plus de 2,5 millions d’hectares dans le sud-ouest marocain. Parce qu’elles sont uniques et cruciales pour l’équilibre écologique et social de toute la région, elles ont été désignées en 1998 comme Réserve de Biosphère par l’UNESCO. Cette reconnaissance n’est pas seulement une petite mention scientifique : elle représente des millénaires de lien entre un peuple et son environnement, et une responsabilité partagée pour préserver ce patrimoine naturel, face aux défis toujours plus pressants du changement climatique et de l’influence humaine.

Dans les villages marocains, l’arganier ne se contente pas d’habiter le paysage ; il habite les récits, les pratiques et les traditions. Chaque printemps, ses fleurs discrètes apparaissent comme un promesse. Les fruits, eux, prennent plus d’un an à mûrir, suspendant leur histoire à travers les saisons — parfois jusqu’à l’été suivant. Ils tombent alors au sol, invisibles aux yeux de certains, mais porteurs d’un potentiel d’huile précieux pour d’autres : ceux qui, de génération en génération, ont appris à extraire, transformer et valoriser ce trésor.

L’arganier symbolise la richesse des savoir-faire marocains. C’est de lui que vient l’huile d’argan — cet “or liquide” que les marques cosmétiques s’arrachent, mais qui n’a jamais cessé d’être, pour les femmes et les hommes du Sud marocain, une source d’usage et d’identité.

— Âda

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