Ghassoul : du sol à la poudre
Le ghassoul est une argile naturelle marocaine, extraite puis préparée selon des gestes simples. Cette transformation compte autant que l’ingrédient lui-même, car elle influence directement sa pureté, sa texture et son efficacité finale.
Quelles sont les étapes de préparation du ghassoul marocain ?
Le ghassoul est une argile riche en minéraux, notamment en magnésium, mais également en quartz et en dolomite. Dit simplement, il possède sa propre signature géologique (et n’est pas le fruit d’une recette faite main à partir de plusieurs ingrédients).
Extraction
Le ghassoul provient d’un gisement très localisé (rattaché à la zone de Jbel Rhassoul dans le Moyen Atlas). Sur le terrain, l’extraction peut être plus ou moins mécanisée selon les opérateurs et les volumes, mais l’idée reste la même : prélever la matière, puis la préparer sans la “dénaturer”. Cette étape est importante parce qu’une extraction respectueuse cherche à limiter les impuretés et à préserver la qualité de la matière.
Concrètement, avant de “prendre de l’argile”, il faut atteindre la couche utile. Comme dans beaucoup de carrières d’argiles il faut enlever les couches superficielles (terre, pierres non utiles) et mettre à jour le banc d’argile exploitable.
Une fois la couche atteinte, la matière est détachée (manuellement, mécaniquement, ou les deux selon les exploitations), puis trier sur place (retirer cailloux, morceaux trop durs), mise en sacs et transporter vers la zone de préparation.
Séchage
Après l’extraction, le ghassoul est généralement séché avant d’être réduit en poudre. Dans des travaux académiques sur le traitement d’argiles, on retrouve régulièrement des étapes de séchage à l’air libre avant la préparation mécanique (broyage, tamisage), car l’humidité change fortement le comportement de l’argile.
Cette étape a plusieurs finalités :
Éviter l’agglomération : une argile trop humide fait des grumeaux, broie mal et se tamise mal.
Faciliter le broyage : la matière devient plus cassante, donc plus régulière à réduire en poudre
Mieux contrôler la granulométrie (taille des particules): si l’argile est humide, la taille des particules obtenues devient plus imprévisible.
Réduire le stockage : moins il y a d’humidité, moins le produit prend de volume
Broyage
Le ghassoul brut peut arriver sous forme de morceaux plus ou moins compacts. Il est alors concassé puis broyé pour obtenir une granulométrie (taille des particules) adaptée à l’usage cosmétique. On commence souvent par réduire les gros morceaux en fragments plus petits, puis en poudre. Dans l’étude citée plus haut la préparation inclut un broyage à sec menant à une poudre inférieure à 500 µm.
La même étude montre que la taille des particules influence réellement le comportement du matériau. Quand on diminue la taille, certains phénomènes (densification : manière dont les particules se resserrent entre elles) se déclenchent à des températures différentes (preuve que la granulométrie modifie la “réactivité” du matériau).
De plus, une poudre plus fine est plus agréable à mélanger (pâte plus homogène) et à appliquer sur la peau et les cheveux (application plus douce et rinçage plus facile).
Tamisage
Après broyage, on passe généralement à un tamisage afin d’homogénéiser la texture et obtenir un produit plus constant.
L’étude “thermal transformations” décrit explicitement une poudre broyée sous 500 µm, puis des sélections de tailles (classification) par tamisage, avec des fractions (par exemple : 315–500 µm ou <315 µm). Les auteurs ont pu observer que la composition relative de certaines structures minérales présentes dans l’argile varie selon les fractions. Donc, tamiser peut changer non seulement la texture, mais aussi la proportion relative de certains constituants minéraux.
En cosmétique, c’est souvent là qu’on fait la différence entre un ghassoul “rustique” (plus irrégulier, parfois plus chargé en grains) et un ghassoul “cosmétique” (plus doux, plus homogène, plus facile à appliquer).
Purification
Selon son origine d’extraction, les études ont montré que le ghassoul peut contenir des éléments indésirables (poussières, grains, traces minérales). Pour palier cela, une étape de purification peut être effectuée.
Par exemple, un article décrivant un protocole de préparation de ghassoul “commercial” pour expérimentation indique que l’argile a été lavée à l’eau distillée avant de procéder aux étapes suivantes.
Une étude portant sur la contamination du ghassoul (notamment plomb et cuivre) rapporte des niveaux faibles dans des échantillons “non élaborés” (peu ou pas transformés), mais observe aussi que les concentrations augmentent lorsqu’il est mélangé à d’autres substances dans certaines préparations traditionnelles. Ainsi, le ghassoul lui-même peut être sûr, mais les ajouts non contrôlés peuvent faire varier sa qualité.
Conditionnement
Une argile fine comme le ghassoul capte facilement l’humidité ambiante, peut prendre des odeurs et s’agglomère si elle n’est pas bien protégée. Il faut donc qu’elle soit conditionnée dans un emballage qui limite l’humidité, pour que la poudre reste facile à doser, stable et fidèle à son geste d’usage.
— Âda