Ghassoul : héritage minéral marocain

Le mot ghassoul est généralement rattaché à l’arabe الغاسول (al-ġasūl), avec l’idée de quelque chose “fait pour laver”. Ce nom est bien porté, car historiquement, le Ghassoul s’inscrit dans une logique de nettoyage doux, où l’on cherche à purifier sans agresser. Cette philosophie se retrouve autant dans son usage que dans son origine.

D’où nous vient le Ghassoul ?


Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le Ghassoul n’est pas extrait un peu partout sur le globe. Il est associé à un gisement marocain bien précis, connu sous le nom de Jbel Ghassoul, situé dans la région du Moyen Atlas. C’est précisément cet emplacement qui fait sa singularité et qui le distingue des autres argiles couramment utilisées en cosmétique.

Une matière née du temps

Les études géologiques montrent que le ghassoul s’est formé dans un ancien environnement lacustre, c’est-à-dire dans des zones où se trouvaient autrefois des lacs. À cette époque, l’eau, naturellement riche en minéraux, recouvrait les sols et interagissait lentement avec les roches environnantes.

Au fil du temps — sur des périodes très longues — ces roches ont subi des transformations chimiques. Des argiles très fines se sont formées, se sont déposées au fond des lacs, puis sont restées en place lorsque les eaux se sont retirées. Les lacs ont disparu, mais les couches d’argile sont restées, enfouies, puis progressivement mises à nu par l’érosion naturelle.

Ce processus lent explique pourquoi le Ghassoul marocain possède une structure minérale si particulière, qui est impossible à reproduire artificiellement ou à retrouver ailleurs dans le monde.

Une composition minérale riche et singulière

Les analyses scientifiques montrent également que le Ghassoul est une argile riche en magnésium, appartenant à la famille des smectites magnésiennes (un type d’argiles très fines capables d’absorber l’eau et les impuretés), notamment la stevensite. Cette composition lui confère une structure capable d’absorber l’excès de sébum et les impuretés, tout en interagissant avec l’eau sans dessécher. Concrètement, cela signifie que le Ghassoul se dépose sur la peau et le cheveu de manière souple, sans effet abrasif. Il nettoie, mais respecte l’équilibre naturel.

Ces propriétés sont aujourd’hui observées et mesurées grâce à des outils scientifiques comme la diffraction des rayons X ou la microscopie, qui permettent d’analyser la structure intime de l’argile. La science confirme ainsi ce que l’usage avait déjà validé depuis longtemps.

Un soin ancré dans le quotidien marocain

Au-delà de la géologie, plusieurs travaux décrivent le Ghassoul comme un produit de la pharmacopée traditionnelle marocaine, utilisé depuis des siècles pour laver le corps et les cheveux. Il n’était pas réservé à un usage exceptionnel, mais intégré à des soins réguliers, notamment dans le cadre du hammam. Le Ghassoul faisait partie d’un quotidien fait de gestes simples, transmis de génération en génération. Il était apprécié pour son efficacité, mais aussi pour sa douceur, capable de nettoyer sans provoquer d’irritation.

Cette continuité d’usage explique pourquoi le Ghassoul a traversé le temps. Bien avant l’apparition des soins modernes, il incarnait déjà une autre manière de prendre soin : attentive, consciente, et profondément liée à la terre.

— Âda

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