Henna : un geste de transmission

Au Maroc, le henna accompagne les femmes à chaque évolution de leur vie. Appliqué sur la peau, il marque bien plus qu’une couleur : il scelle des liens, protège et transmet un savoir ancien. De la nuit du henna aux gestes du quotidien, cette plante raconte une histoire collective.

En quoi le henna, à travers les rituels féminins marocains, est-il un geste de transmission sociale et culturelle toujours actuel ?


Un patrimoine partagé

À l’échelle de la région MENA (Afrique du Nord et Moyen-Orient), le henna est reconnu comme un élément de patrimoine culturel. Ses usages s’inscrivent dans la vie quotidienne, mais surtout dans les moments charnières. L’UNESCO décrit le henna comme un symbole de joie, associé à des occasions festives, comme les naissances, les fêtes et les mariages, et souligne que ces pratiques se transmettent par observation et apprentissage direct au sein des familles et des communautés. Elle insiste par ailleurs sur le fait que l’application du henna est fréquemment accompagnée d’expressions orales (chants, proverbes, poèmes) et qu’elle renforce les liens sociaux et la communication. Cette transmission est au cœur de ce qui fait la force sociale du henna. Il relie les générations, et crée un espace où les femmes se retrouvent et partagent.


La “nuit du henna”

Dans de nombreuses régions du Maroc, la célébration du henna est notamment associée au mariage (souvent appelée “nuit du henna” dans le langage courant, avec des variations locales de pratiques). Ce qui compte, au-delà de son calendrier précis, c’est sa fonction. Le henna prépare la mariée, la protège symboliquement, et l’entoure d’un cercle féminin qui transmet repères, conseils et soutien.

D’un point de vue anthropologique, les rituels prénuptiaux servent souvent à rendre visible ce qui est invisible : le changement de statut, la place dans le groupe, les rôles attendus. Des travaux académiques sur ces rituels évoquent le rite du henna au Maroc comme porteur de significations liées à l’identité sociale et aux rôles de genre. L’idée n’est pas de figer ces rôles, mais d’en comprendre la logique. La communauté “parle d’elle-même” à travers le rituel. Et, aujourd’hui, beaucoup de femmes réinventent ces soirées en gardant la chaleur du cercle, tout en adaptant les formes à leurs valeurs, à leur confort, à leur modernité.

Le henna au-delà du mariage

Même si le mariage est l’image la plus connue, le henna dépasse largement ce cadre. L’UNESCO rappelle qu’il intervient aussi lors des naissances et d’autres moments festifs, et qu’il est utilisé également pour teindre cheveux et ongles, ou dans certains usages artisanaux et médicinaux (selon les régions). Au Maroc, on retrouve aussi des usages autour de la maternité et de la protection du foyer, des fêtes religieuses et des rassemblements ainsi qu’autour des pratiques de soin (cheveux notamment).

Motifs, gestes, et baraka

Dans de nombreux récits et pratiques populaires d’Afrique du Nord, la beauté rituelle est rarement séparée de la baraka (bénédiction, énergie positive et protection symbolique). Le henna, en tant que teinture végétale appliquée sur la peau, peut être associé à une intention : attirer le bien et éloigner le mauvais œil.

Traditionnellement, ce sont souvent des femmes plus âgées — parentes, voisines, femmes reconnues pour leur expérience — qui l’appliquent lors de moments importants. Ce choix exprime une forme de transmission (technique et symbolique), mais aussi une confiance et de respect.

À côté de cette pratique “familiale”, il existe aussi des formes plus professionnalisées. Certaines femmes, notamment dans des contextes urbains et touristiques, transforment leur savoir-faire en métier. Une étude académique (sur le travail des artisanes du henna dans le secteur touristique au Maroc) décrit justement cette articulation entre pratique sociale et travail féminin dans un contexte économique.


Depuis 2024, “Henna: rituals, aesthetic and social practices” est inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. De plus, des reportages récents ont illustré cette reconnaissance en montrant comment des femmes marocaines continuent à faire vivre la tradition.

Cette reconnaissance est précieuse, car elle rappelle que le henna n’est pas une tendance. C’est une culture, portée par des communautés, transformée par le temps, et toujours vivante.

— Âda

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